Paris sous Napoléon III

Introduction

Napoléon Ier avait fait de Paris la capitale de l'Europe. Tout au long de son règne, il avait travaillé à embellir la ville en y faisant bâtir de grands monuments, tels la Madeleine, la Bourse ou l'Arc de Triomphe (qui ne fut achevé qu'en 1836). Le Louvre fut agrandi, le Panthéon achevé. On éleva la colonne Vendôme, perça le canal de l'Ourcq, creusa des égouts. On construisit des hôpitaux, des abattoirs, des marchés. On jeta de nouveaux ponts sur la Seine, et les maisons furent numérotées. Mais surtout la rue de Rivoli constitua le premier grand axe Ouest-Est de Paris.

Sous la Restauration commença la mutation économique de la Révolution Industrielle. Paris était très peuplé, congestionné, et les conditions d'hygiène ne s'amélioraient pas (épidémie de choléra en 1832). Louis-Philippe, aidé par Rambuteau, préfet de la Seine, reprit la tradition des rois urbanistes, acheva l'Arc de Triomphe, embellit la place de la Concorde, et nettoya Notre-Dame. En 1841, Thiers choisit de donner une nouvelle enceinte à Paris et aux « villages » périphériques.

Malgré des progrès, à l'avènement de l'empire, le maintien de l'ordre, la circulation des hommes et des marchandises, sont très difficiles, dans les rues étroites, sales, et mal éclairées, de la capitale.

I. L'évolution démographique et économique

Entre 1851 et 1871, la population parisienne double, et ceci en partie à cause de l'annexion des communes situées à l'intérieur de l'enceinte de Thiers (en 1860, on passe ainsi de 12 à 20 arrondissements). Grâce aux opérations financières liées aux grands travaux du baron Haussmann, la bourgeoisie s'enrichit, la Banque et le Crédit prospèrent, mais les loyers augmentent beaucoup.

On ouvre des Grands Magasins : le Bon Marché en 1852, La Belle Jardinière en 1856, Félix Potin en 1858, le Printemps en 1865, et la Samaritaine en 1869. Pour la sécurité, on met en place l'éclairage à gaz dans les rues, que l'on pave. On développe le nettoyage urbain. Le réseau d'égouts passe de 100 à 600 kilomètres : c'est le plus grand du monde. Les eaux usées sont transportées à Asnières. Mais les parisiens boivent encore l'eau de la Seine. L'ingénieur Belgrand (1810-1878) organise alors un grand réseau de distribution de l'eau (utilisation du puits de Passy, du réservoir de Montsouris). Parallèlement, Napoléon III fait construire des hôpitaux (Lariboisière, Sainte-Anne), et reconstruit l'Hôtel-Dieu en le déplaçant.

Mais le problème ouvrier reste intact. Près de 500 000 d'entre eux vivent dans des conditions misérables autour de la ville, dont le centre leur est interdit.

II. Haussmann ou l'urbanisme de la ligne droite

Pour repenser Paris, Napoléon III s'appuie sur le préfet de la Seine, le baron Haussmann. Celui-ci, né en 1809, a fait carrière dans des préfectures de province, et a donné son adhésion au coup d'Etat du 2 décembre. Nommé préfet le 22 juin 1853, c'est lui qui doit faire face aux problèmes de la capitale. Ambitieux, simulateur, il entre au Sénat en 1857, et reçoit la Légion d'honneur. Très critiqué, il quitte son poste en 1870, peu avant la fin de l'empire, sans avoir fait fortune. Plus tard, il sera Président de la Compagnie des entrepôts et des magasins généraux, et député bonapartiste. Il meurt en 1891 après avoir écrit trois volumes de Mémoires. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

Sous ce que l'on peut appeler son « règne », 20 000 immeubles sont rasés à Paris. Grâce à la loi Rambuteau, on exproprie.

Aidé par Belgrand et Alphand, Haussmann réinvente donc la ville. Il fait construire 137 kilomètres de nouveaux boulevards, surtout au Nord-Ouest et au centre, avec les boulevards Saint-Michel, de Sébastopol et de Strasbourg, qui coupent la ville en deux, perpendiculairement à la rue de Rivoli. La rue de Rennes et le boulevard Saint-Germain sont les voies transversales de cette « croisée de Paris ». Neuf ponts sont ajoutés sur la Seine, l'île de la Cité est refaite, la place de l'Etoile achevée, celles du Château d'eau (future place de la République), de la Bastille, et de la Nation sont construites. On élève des églises (Saint-Augustin, la Trinité, Sainte-Clotilde…), et le Louvre est achevé.

III. L'architecture

En tout, 34 000 immeubles sont construits. Ils sont hauts (5 étages et de grandes hauteurs sous plafond) et en pierre de taille. On trouve les plus typiques dans le 8ème arrondissement. Généralement, ils ont un balcon au 2ème étage, et l'espace entre les fenêtres (celles de l'entresol sont parfois ornées de cariatides et d'atlantes), ou trumeau, est plus important qu'auparavant. L'architecte le plus représentatif de ce style qui a une influence très marquée jusqu'à la première Guerre Mondiale, est Jacques-Ignace Hittorff (1792-1867), la bâtisseur de la gare du Nord.

Les gares et l'architecture métallique :

Avec le développement du chemin de fer, la construction de gares à Paris était devenue indispensable. Les gares Saint-Lazare, du Nord, de l'Est, de Lyon, d'Austerlitz et Montparnasse, ainsi qu'une « petite ceinture » de voies ferrées autour de Paris sont construites entre 1853 et 1869. La fonte et le fer y sont très utilisés à cause de leur solidité et de leur résistance au feu.

Les Halles Centrales sont un ensemble de 10 pavillon en fer (6 seulement élevés sous le Second Empire). Leur construction est un vieux projet de Napoléon Ier repris à partir de 1853 par son neveu. Elle est un succès total, tant esthétique que fonctionnel. Après la destruction de l'ensemble en 1973, un pavillon a été déplacé et est conservé à Nogent. Vingt et un marchés couverts sont également construits (il en reste aujourd'hui 7), ainsi que le Palais de l'Industrie (l'actuel Grand Palais), à l'occasion d'une exposition universelle. Le fer a aussi servi pour édifier les Grands Magasins.

IV. Joindre l'utile à l'agréable

En plus des réalisations nécessaires, on s'attache à améliorer le quotidien des parisiens. On installe des fontaines et des arbres dans les rues ; le réseau d'omnibus est agrandi.

Surtout, Alphand (1817-1891) aménage 1800 hectares de bois, parcs et jardins, dont les Bois de Boulogne et de Vincennes, les parcs Monceau, Montsouris, et des Buttes-Chaumont, et 24 squares dispersés dans la ville. L'accueil de la population est enthousiaste et l'on prend le goût des promenades.

Alphand a aussi nivelé la colline du Trocadéro pour construire le parc du Champ-de-Mars. Plus tard, il succédera à Haussmann dans une partie de ses responsabilités et dirigera l'exposition universelle de 1889. En haut de l'avenue Foch (ancienne avenue de l'Impératrice) se trouve un monument en son honneur.

Eugénie met à la mode les promenades à cheval ou en calèche le dimanche, ainsi que le patinage. Morny, lui, se passionne pour les courses. Mais toutes ces activités sont réservées à une foule aisée.

Au Nord et à l'Est, la fréquentation des espaces verts est plus populaire. Il n'y a donc presque personne en semaine. Les activités y sont plus proches de celles d'aujourd'hui (se détendre, déjeuner et se promener, faire jouer les enfants, …).

Egalement dans le domaine des loisirs, de nombreux restaurants, cafés et théâtres s'ouvrent à Paris (théâtre du Chatelet, théâtre lyrique, Opéra Garnier). Enfin, on crée la Bibliothèque Nationale.

Conclusion

Paris n'a presque plus changé depuis 1870, sauf quelques quartiers comme Bercy. Les travaux effectués sous le Second Empire ont inspiré d'autres grandes villes, comme Vienne, Berlin, Anvers, Rome, ou même Chicago, et les théories d'urbanisme d'Haussmann ont servi longtemps après sa mort (aménagement de la voirie en 1910).

Pour la première fois, on avait eu une vision globale de la ville, avec une action systématique de modernisation et d'embellissement, qui passait parfois par le sacrifice de monuments ou de quartiers entiers. Mais l'action des hommes de Napoléon III a considérablement apporté à Paris, qui fut pendant vingt ans le plus grand chantier d'Europe.

Les progrès furent rapides, et les travaux de la capitale sont peut-être le seul accomplissement de Napoléon III à avoir résisté au regrettable dénigrement dont la période est victime aujourd'hui.

Bibliographie

Baron Haussmann, Mémoires, Le Seuil, réédition 2000, 1214p.
L. Girard, La Politique des travaux publics du Second Empire, Colin, 1952
Georges Poisson, Jacques-Ignace Hittorff, in « Revue du Souvenir Napoléonien » n°428 (avril - mai 2000), pp. 46 sqq.
P. Lavedan, Histoire de Paris, PUF (coll. « Que sais-je ? »), 1977
Michel Carmona, Haussmann, Fayard, 2000, 650p.
Georges Valence, Haussmann le Grand, Flammarion (coll. « Grandes biographies »), 2000, 368p.
Georges Poisson, La curieuse histoire de l'Arc de Triomphe, in RSN 432 (décembre 2000 - janvier 2001), pp.38 sqq.
J.M. Larbodière, Reconnaître les façades à Paris, Massin, 2000
E. Hénard, Etudes sur les transformations de Paris, réédition Mardaga, Bruxelles, 1982